Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/12/2006

Réflexions régionales

Bretonne, je suis venue m’installer dans le midi en 1977, cela fait donc déjà un certain temps ! Et j’avais quitté la Bretagne 17 ans auparavant, pendant lesquels j’avais vécu en Mayenne.

Si bien que j’ai toujours été une étrangère. Quand vous saurez, en plus, qu’entre l’âge de 5 ans et l’âge de 15 ans j’ai vadrouillé dans les belles ex-colonies françaises au hasard des affectations de mon père, vous comprendrez que, même si la Bretagne reste le siège de mes racines, je suis bel et bien une déracinée.

medium_AnDanseuses.jpg


Cela ne me gêne pas plus que ça, mais cela me donne du recul sur les mœurs des gens de « ma » région d’adoption.

Quelques années après mon arrivée ici avec ma famille, mon mari et moi avons été invités à partager une soirée « bullinade » (bouillabaisse catalane http://perso.orange.fr/robert.delclos/gastrous.htm) par des collègues. Chacun payant sa quote-part.

medium_zarzuela.jpg

L’hôtesse avait invité un poète régional natif de son village. Au début, c’était cordial, chaleureux. Puis, petit à petit, ils ont commencé à raconter des histoires drôles en catalan. Nous ne comprenions évidemment pas, et lorsque tout le monde (sauf nous) avait bien ri, ils nous les traduisaient en français avec une pointe de condescendance qui gelait toute velléité de rire, et ils ajoutaient, voyant nos sourires polis : c’est beaucoup plus drôle en catalan !

medium_AllAnDSCN2270.jpg


On a fini par leur dire que s’il voulaient nous pouvions parler en breton…ce qui nous aurait été difficile, vu que ni l’un ni l’autre nous ne le parlons…mais cette remarque leur a fait prendre conscience que notre patience avait des limites. Ils n’y auraient pas pensé tout seuls…

Beaucoup plus récemment, j’ai été chargée par le Président d’une association d’artistes dont je faisais partie, de contacter un restaurateur de ma petite ville, car il prête ses murs à des expositions. Au cours du rendez-vous que j’avais pris auprès de lui, je lui ai dit : « Je suis d’ici ! » et j’ai vu son visage changer. Il a pris un air goguenard, et m’a demandé : « Ah ? De quelle famille ? Je ne vous connais pas ! ».
Vlan !
D’ici ? Toi ? jamais, ma vieille, tu n’es pas de notre sang, tu n’es pas la descendante d’une des vieilles familles locales !
medium_img_0.2.jpg
Et c’est vrai que lorsque je me trouve dans un groupe de personnes du cru, chez ma gentille coiffeuse ou pendant une permanence d’exposition, je constate qu’ils passent une bonne partie de la conversation à des reconnaissances mutuelles, des comparaisons généalogiques, des recherches de parentés anciennes… Celui-là, sa grand-mère était la cousine de la mienne…Celle-là c’est la fille d’un tel et son mari est de telle famille…
Ils ont comme un besoin viscéral de se reconnaître, de se persuader qu’ils sont bien « d’ici », enracinés…
medium_divers-espagne-sardane-2.2.jpg
Il y a de nombreux espagnols dans la commune, arrivés à l’époque franquiste, c’est à dire il y a près de cinquante ans. Ils n’ont jamais été vraiment intégrés, ils sont ressentis comme différents. J’ai entendu cette remarque faite sur une personne : elle a épousé un espagnol…comme si c’était déchoir ?

C’est humain. Moi-même, quand quelqu’un se dit breton, j’envoie un petit signe de reconnaissance : « Moi aussi, je suis bretonne ! », et j’éprouve un certain contentement.

Mais de là à passer systématiquement en revue l’arbre généalogique d’une personne dont on parle, et à avoir la conversation essentiellement orientée là-dessus… Je trouve que les gens de « ma » (sic) région sont trop repliés sur eux-mêmes. J’ai le sentiment qu’ils ne se sentent bien qu’entre eux, et que les étrangers comme moi resteront, quoiqu’il en soit, des étrangers.
medium_sardpied.2.jpg


A l’heure de l’Europe, cela pose question, non ?