30.03.2008

Le projet (3)

La belote
Le deuxième tableau présente des joueurs de belote.
Atmosphère beaucoup plus ludique et joyeuse. Avant toute chose, je place sur ma toile des taches colorées jaunes et orange pour créer dès le départ une lumière festive. Puis je place mes personnages. J’ai décidé que l’un d’entre eux serait le « dindon » de la farce. Celui-là m’obéit bien. Il a vraiment la tête de l’emploi. Illico je l’affuble d’un costume-et-cravate incongru. Ses yeux inquiets, sa bouche déconfite me satisfont. Je place sans problèmes des rieurs qui l’entourent, pour une fois je maîtrise bien les protagonistes. Les quatre joueurs sont des hommes, mais une femme les regarde jouer et se met du côté des rieurs, comme pour mieux accabler leur victime. Le partenaire de celle-ci apparaît discrètement au coin inférieur de la toile, juste esquissé ce n’est qu’un second rôle, d’ailleurs on ne voit pas ses mains. Pour les autres, la succession de leurs mains suit la diagonale du tableau, conduisant les yeux dans la même direction que les visages. Le jaune et le violet font un contrepoint au jaune et orange du fond, et le rouge circule du dos des cartes à la bouche cerise de la femme. Quelques surfaces blanches apaisent un peu la violence des couleurs, mais les visages se colorent de la lumière chaude qui baigne tout.
Pour une fois que mes personnages sont disciplinés…

http://lesphotosdamande.blogspirit.com/archive/2008/03/02...

Le poker

Ma toile est neuve là encore. Toute blanche. Je la tartine de couleurs. Le poker n’est pas un jeu d’enfants. Il n’a pas très bonne réputation. Des drames se jouent parfois autour de la table. Des contrastes forts : du rouge, du vert, du noir, du blanc. Je n’ai pas envie de faire dans la dentelle.
Je place les personnages. Ils seront cinq. Mais l’un d’entre eux tournera le dos au spectateur. Les autres : un fébrile, un désabusé, un menaçant, un impénétrable…Ils sont tous là.
J’ai dessiné les visages, commencé le placement des mains.

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Je montre cette ébauche à des amies, l’une d’elle remarque « ça manque de femmes ! ». Elle a raison. Sa réflexion me turlupine. A la séance suivante, exit l’impénétrable masculin, mes pinceaux font naître une indomptable blonde qui ne s’en laissera pas compter par son vis-à-vis, le « menaçant ». Le duel de leurs regards donne le piment qui manquait à la scène. Merci à cette amie avisée qui se reconnaîtra…
Mon personnage fiévreux vêtu de blanc qui m’intéressait davantage au début, se trouve relégué au second plan de l’action. Les deux autres se disputeront sa dépouille sous l’œil ironique de l’homme en noir qui a jeté ses cartes et renoncé à lutter. Pour un peu on entendrait au loin la ritournelle lancinante de l’homme à l’harmonica, « Il était une fois dans l’Ouest »… Le rouge baigne l’ensemble créant une atmosphère dramatique. « Le rouge est mis » !

http://lesphotosdamande.blogspirit.com/archive/2008/03/02...

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Et voilà le projet mené à bien.
Enfin, peut-être.
Parce que finalement je ne suis pas totalement satisfaite. Sur le plan narratif, c’est à peu près ce que je voulais, sauf en ce qui concerne le joueur de bridge colérique, mais sur le plan pictural, je trouve que ça manque de liant, de richesse, de profondeur. Quand je les compare à la « Tabagie » http://lesphotosdamande.blogspirit.com/archive/2007/07/25... ) je les trouve nettement en dessous.
Mais comme je le répète souvent : je n’ai pas dit mon dernier mot. Une peinture à l’huile ça peut toujours être revu et corrigé…
Affaire à suivre…

14.03.2008

Le projet (2)

Levons le suspense : j’avais envie de faire une série sur les joueurs de cartes.
Je fais donc trois tableaux sur ce thème. Mon but, c’est de recréer trois scènes de vie montrant des joueurs de cartes, en tentant d’exprimer ce qui fait la caractéristique de ces jeux, et des joueurs qui s’y adonnent.

Le bridge

Le premier tableau décrira le bridge. C’est un jeu qui n’intéresse guère les jeunes. Ce sont des gens mûrs ou âgés qui pratiquent cette activité. Ils sont tranquilles, méthodiques, sérieux, organisés. Ce sont des gens à principes, calculateurs et réfléchis.
J’ébauche en quelques traits l’emplacement des visages des protagonistes sur un rectangle à l’échelle de la toile. Il faut qu’on les voie bien, de face ou de profil mais pas de dos. Ce n’est pas si simple. Ils sont quatre, et l’un d’entre eux doit être « le mort », c’est à dire celui qui pose ses cartes retournées sur la table, laissant son partenaire en disposer pour remplir leur « contrat ».
Une fois la place des personnages déterminée, je cherche dans ma "collection de visages".
Ce sont des photos découpées au hasard de mes feuilletages de magazines, remarquées pour leur expression qui pourra me servir de guide dans la construction du visage des mes personnages.
Lorsque j’ai mes personnages, je commence à les dessiner sur la toile. Mon dessin amplifie l’expression choisie, c’est un peu de la caricature. J’agrémente arbitrairement de chevelure ou de calvitie ces physionomies. Lorsque j’ai les visages, je dessine les corps. J’ai une bonne expérience des attitudes, grâce à mes travaux assidus en dessins devant modèles vivants. Je place aussi les mains. La ronde des mains accompagne celle des visages…Elle contribue à accentuer le mouvement, la vie.

Je procède donc ainsi pour mes bridgeurs, et j’ai des surprises, les personnages que je crée ne m’obéissent plus.
Je voulais des gens calmes, mais l’un d’entre eux est en colère. Son visage se tord, il est contrarié par son partenaire.

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Et celui-ci, décontenancé, fait le gros dos sous l’orage. J’ai beau essayer avec mes pinceaux de calmer le jeu, rien à faire ! La sérénité ne veut pas venir sur ce visage que malgré moi j’enflamme encore plus…
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Les adversaires de ce personnage sanguin réagissent eux aussi à leur façon. La dame à droite, placide, ne se laisse pas distraire et calcule son « contrat » avec concentration, pendant qu’en face d’elle le « mort », surpris et un peu hors du coup, observe.

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De plus, je comptais utiliser des couleurs assez neutres, des gris bleus, des ocres fanés, en harmonie avec des personnes placides, mais on ne se refait pas…Je constate que ces couleurs sont trop fades pour des personnages somme toute assez fortement caricaturés. Alors je réhausse. L’ocre se fait plus jaune indien, le bleu n’en est que mieux mis en valeur.
Vous allez penser que je fais du roman, mais je vous assure que c’est la vérité. Les romanciers disent parfois que leurs personnages leur échappent et que leur récit va dans des directions imprévues. Je comprends tout à fait cela, car pour moi en peinture c’est pareil. Mes personnages ne m’obéissent pas forcément.
Mais au final les choses prennent leur place, et, résignée à subir la fantaisie de mes créatures, je m’efforce au moins de donner à la scène l’ambiance « vieille France » que je projetais pour ces joueurs de bridge.

Pour voir le tableau terminé, cliquez sur ce lien :
http://lesphotosdamande.blogspirit.com/archive/2008/03/02...

11.02.2008

Le projet (1)

Il y a deux ans j’ai commencé à penser à ce projet.
Un projet bien modeste : une série de trois toiles sur le même thème.

Je ne vous dirais rien de ce thème, je veux garder le mystère, car lorsque j’exposerai le résultat de ce challenge, je veux que ce soit une surprise complète. Or, j’ai des amis qui viennent de temps à autre faire un tour sur ce blog (merci à eux).

Mais exactement comme il y a loin de la coupe aux lèvres, de l’idée en germe à sa réalisation il y a tout un cheminement pour l’aboutissement d’un tel projet.

C’est un travail très différent de celui du portrait devant modèle vivant, pour lequel je suis immédiatement dans la réalisation.

Le portrait en atelier « modèle vivant »
J’apporte une toile dans le dessein de faire un portrait, et ce travail-là doit être exécuté en deux heures et demie : j’ai le sujet devant moi et je copie ce que je vois.

Je vois une personne immobile qui attend de moi que je profite de cette immobilité pour donner mon interprétation des traits de son visage.
Le résultat doit être un tableau, une peinture, une œuvre d’art, quoi !
Il doit être intéressant, agréable à l’oeil, et la ressemblance, cerise sur le gâteau, est souhaitable, tout de même !

Je fais d’abord un dessin succinct mais précis qui me servira de base de travail.
Puis j’ôte mes lunettes.
Pourquoi ? parce que je suis myope, et que quand je n’ai pas mes lunettes je ne vois pas les détails du sujet. Alors je pose en toute liberté sur le dessin préparatoire les taches de couleurs que je vois sur ce visage, sur ce corps. J’obtiens ainsi, après le canevas du trait, le canevas des volumes.
Ensuite je remets mes lunettes et je reconstruis en un tout ce puzzle de couleurs. C’est alors que commence la vraie bagarre avec le portrait. Le modèle commence à fatiguer, ses traits s’affaissent, il bouge un peu, imperceptiblement (ou quelquefois davantage …), les lumières changent de place sur son front, ses pommettes, ses joues. Et j’essaie de capter au passage celles qui accentueront les caractéristiques de ce visage, qui révèleront le muscle sous la peau, le rictus léger et habituel, le mystère du regard, et avec un peu de chance le sourire qui naît parfois sur ces traits théoriquement figés…

http://amande-douce.blogspirit.com/archive/2006/03/08/le-...

C’est un moment délicat que j’adore. Il reste une demi-heure de pose, vingt minutes, dix minutes…le temps s’accélère, et c’est là que la magie opère ou que je me plante. C’est là que tout est prêt, posé, en place, et que les quelques dernières touches vont donner vie au portrait ou le détruire lamentablement.
Je ne suis pas stressée, je suis hyper concentrée. Autour de moi les autres peintres commencent à s’agiter, à ranger leurs affaires, à bavarder à mi-voix en nettoyant leurs pinceaux. Moi je travaille jusqu’à la « dernière minute » annoncée par le « chef » d’atelier.
La dernière minute : la plus dure pour le modèle, et la plus difficile pour moi car les jeux sont faits…

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Mais lorsqu’il s’agit d’un projet personnel, sans modèle vivant, c’est tellement plus long !
Deux ans que je pense à ça, que je collectionne les éléments à rassembler, que j’ébauche des compositions sur le carnet de croquis.
Deux ans que j’hésite à me lancer dans la réalisation, que je me trouve de bonne raisons de ne pas commencer, parce que « je n’aurai pas le temps », ou parce que « je ne me sens pas prête »

Et là j’ai commencé, je me suis jetée à l’eau. Trois toiles 20 F, trois groupes de personnages, trois ambiances, un fil conducteur… et une échéance : l’expo de fin février…

Je vous en dis plus la prochaine fois, promis !

21.11.2007

La part du hasard

Lorsque je peins sur une toile « recyclée », le nouveau sujet que je pose va devoir s’accommoder de cette texture enrichie par toutes les précédentes couches de peinture qui y ont été déposées.
Des granulations y ont été formées par les empâtements divers, mais bien entendu, elle ne vont pas être placées de façon congrue. Un relief formé par l’épaisseur d’une touche au bout du nez d’un portrait, se retrouvera pour le sujet suivant au beau milieu de la joue ou du front. Normalement, ça devrait me gêner.
Eh bien non… et non seulement ça ne me gêne pas, mais ça me plaît. J’aime peindre sur des granulations hasardeuses. J’aime savoir qu’une lumière rasante fera naître des ombres minuscules au milieu d’un à-plat rouge ou vert ou chair.

3d42f02bfea4d3b585454131b992f36a.jpgLors du recyclage, j’ajoute d’ailleurs quelquefois de nouvelle aspérités en parsemant la couche de peinture noire avec du sable, en la grattant avec un peigne, en y collant du papier froissé et même une fois une vieille chaussette de fin nylon…qui a donné au tableau une allure de fresque craquelée. En séchant, la couche noire encolle tout ça.

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Lorsque je prends une de ces toiles bien culottées par plusieurs usages, je la regarde bien. J’évalue la façon dont je vais disposer mon sujet dessus. Je regarde quelle est la partie qui conviendra le mieux pour le centre de ce nouveau travail. Dois-je mettre la toile dans le même sens qu’à sa dernière utilisation ? Dois-je en inverser le sens ? La faire pivoter de 90° ? Et lorsque la décision est prise je me jette à l’eau. Ou plutôt à l’huile !…
Une fois que c’est en route, je laisse au hasard sa part du jeu. Et je m’adapte aux accidents de parcours sans états d’âme.
Ces granulations enrichissent le fond du portrait ou du nu. Mais elles ne sont pas les seules.
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Il y a aussi les fantômes.
Ce sont les anciennes peintures parfois aussi qui ont été mal dissimulées par une couche noire un peu trop liquide et qui transparaissent. Ainsi, les épaules d’un jeune homme mal recouvertes et alors que j’avais retourné la toile la tête en bas formaient autour de la tête ce nu un halo plus clair que j’ai accentué. La part du hasard, encore…
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Tous ces éléments me sont maintenant tellement indispensables, qu’une toile neuve et lisse me semble terriblement ennuyeuse !