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09/04/2006

Vernissage à deux pas du Centre du Monde.

J’ai été invitée au vernissage d’une expo qui avait lieu dans un espace très beau, ouvert tout près de la gare de Perpignan (le Centre du Monde, d'après Salvador Dali) et qui est consacré à l'art contemporain.

Une odeur grasse de pizza flottait dans l'air, car le buffet était déjà prêt. Les serveurs s’agitaient et disposaient les dernières serviettes de papier. J'étais la première, il était très tôt : j’avais deux autres vernissages à "honorer de ma présence". C'est donc seule que j'ai visité les différents espaces encore déserts.

L'artiste à l'honneur, Barbara Eichhorn, avait dessiné au fusain sur de très grandes feuilles de papier (environ 150x100) différentes silhouettes, une sur chaque feuille. Un enfant jouant sur la plage, un homme resserrant sa ceinture, une femme en train de dessiner (elle-même sans doute), quelques ébauches de forêts, etc... Les dessins étaient assez simples, pas très travaillés. Pas non plus très enlevés. Leur seule originalité était d'être très grands.
Voilà. Je dois avouer que j'ai été très déçue.

Je suis retournée ensuite voir sur le net le commentaire que j'avais reçu avec l'invitation. Je ne l'avais pas lu parce que j'aime bien découvrir par moi-même sans être influencée par des articles de presse liminaires qui m'expliquent ce qu'il faut en penser.
Voilà ce qui est dit dans la conclusion de ce commentaire :
"La fresque murale oppose à la massivité de l'espace d'exposition une légèreté voulue, tout en élargissant la perception. L'effet de trompe-l’œil séduit et irrite le spectateur, l'incite à s'approcher comme pour mieux le décevoir ensuite.
Ce jeu déconcertant peut être interprété d'une part comme une remise en question de l'autonomie du dessin au 21 ième siècle, d'autre part comme l'étude d'un aspect spécifique de la pathologie sociale."



Donc j’en conclus que l'artiste aurait été contente que je sois déçue...
Mais si j’avais lu ce commentaire avant de venir, je n’aurais pas été surprise, donc pas vraiment déçue. Je suppose que l’amateur averti d’Art Contemporain comprend tout de suite le propos de l’artiste, donc il ne peut pas être déçu non plus, mais au contraire très satisfait de penser que le spectateur non initié sera, lui, déçu…Oh la la, ça m’embrouille, je me prends la tête, et je ne sais plus si l’artiste veut décevoir tout le monde ou seulement les nigauds comme moi…

J'avoue de plus que je reste dubitative en ce qui concerne "l'effet de trompe l’œil", il ne suffit pas qu'un dessin soit grand pour tromper l'oeil. En ce qui concerne l'autonomie du dessin au 21 ième siècle, je ne comprends pas ce que cela veut dire. Et je voudrais bien savoir aussi de quel aspect spécifique de la pathologie sociale il s'agit ?????????

Eh bien voilà, l’art contemporain ça me rend toujours perplexe, et je me sens souvent flouée.

A part cela, j'ai revu le fonds des oeuvres qui restent dans cette fondation. Des haricots de Viallat peints sur des toiles de bâches diverses. Je commence à les connaître à fond, les haricots de Viallat. Je saurais sûrement m'en fabriquer un petit faux, un de ces jours, si j'aimais ça....Quelques élucubrations de Ben Vauthier écrites en blanc sur fond noir ( ah non, c'est vrai, il y en a un en couleurs "art is easy, don't stop..."). Et puis quelques autres dont je ne me souviens plus du nom parce qu'ils sont moins connus de la béotienne que je suis...

Mais finalement, c'était quand même bien, cette visite dans le calme qui précède la foule des vernissages, parce que le lieu est très beau. C'est un ancien bâtiment industriel, et il y a des charpentes de bois admirables qui ont été très bien conservées et mises en valeur. J’ai toujours plaisir à les revoir, elles… Elles témoignent d’un savoir-faire ancestral qui me rassérène. Là, les arbres n’ont pas été sacrifiés pour rien.

12/03/2006

Le modèle nu vivant

Je parle souvent, dans mes présentations, du modèle vivant. J’y attache une grande importance, car pour moi c’est une source perpétuelle de bonheur que de dessiner ou peindre devant un bon modèle.

N'importe qui ne peut pas être un bon modèle de nu. C'est un vrai travail qui demande de la patience mais aussi une participation mentale, un don de soi. Car ce n'est pas rien que de poser nu devant une ou plusieurs personnes qui vous scrutent, en pleine concentration. J'ai beaucoup de respect pour « mes » modèles , ceux qui savent bien poser.
Car la situation n’est psychologiquement pas anodine : le modèle est nu, le peintre est vêtu. Pire encore si le modèle pose pour un groupe. Rappelez-vous du scandale provoqué par le tableau de Manet « Le déjeuner sur l’herbe ». Il présentait une femme nue, et des hommes vêtus.

Et si le modèle en éprouve du plaisir par goût de l’exhibitionnisme, cette situation reste tout à fait particulière et pas simple à gérer.

Car il ne suffit pas d’être jeune et jolie pour être un bon modèle. J’ai vu des jeunes femmes très agréablement faites, poser de façon totalement inintéressante. Et a contrario, des personnes apparemment insignifiantes qui se révélaient sur la sellette.

Il y a beaucoup d’éléments qui font l’intérêt d’un modèle nu vivant.
La qualité de la peau : il y a des peaux qui accrochent la lumière, qui ont des colorations mouvantes, des nuances délicates.
La plastique : elle varie beaucoup, certains sont dignes de Maillol ou de Renoir, d’autres auraient plu à Egon Schiele…Tout en courbes, ou nerveux et musclé, la plastique joue son rôle dans l’ambiance qui sera donnée au croquis ou au dessin.
La grâce du geste : il ne s’agit pas de s’asseoir ou de lever un bras derrière la tête pour prendre une pose intéressante. Le bon modèle a conscience de son corps, se déhanche, incline la tête, privilégie l’asymétrie, il pose jusqu’au bout des doigts.
La présence : le modèle qui s’avachit et fixe le vide d’un regard bovin n’est pas stimulant. Celui qui reste tonique, qui se mobilise, qui observe, parfois, l’artiste au travail, émet des ondes positives qui favorisent l’inspiration.
L’effort : dès qu’une pose dure un peu, ne serait-ce que trois minutes, la tenir demande un effort musculaire. Essayez vous-même de rester plusieurs minutes dans la même position sans bouger du tout, vous verrez. Alors les muscles se nouent un peu et apparaissent mieux sous la peau, les tendons ressortent davantage, le modèle semble plus dynamique. J’aime ce moment.

J’ai remarqué aussi que les modèles les plus présents, les plus agréables à dessiner ou peindre, ont eux-mêmes la fibre artistique. Ils peignent, dessinent, ou sont danseurs, acteurs…

Je commence à avoir une longue expérience du travail devant modèle vivant, et plus je travaille, plus je suis consciente de l’importance de leur rôle dans ma création.