Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/07/2008

L’esclavage moderne

Une association organise à la rentrée une exposition sur l’esclavage moderne, pour commémorer les faits d’esclavage. Et pour donner à sa manifestation un côté actuel, elle a ajouté l’adjectif « moderne ». Ils m’ont invitée à participer.

f6bf4ca645b82a86c7013ac7560adf04.jpg


Je réfléchis depuis quelques jours à ce que je pourrais mettre en scène pour illustrer "l'esclavage moderne".

Et voilà qu'en allant faire quelques emplettes chez mon marchand de couleur préféré (il n’y a guère que pour ça que je vais en ville…), et alors que je viens de garer ma voiture, je suis légèrement bousculée sur le trottoir par un grand gaillard d’une vingtaine d’années.
La tête baissée, un écouteur dernier cri vissé à l’oreille, il parle à voix haute dans le micro fixé à son t-shirt. « Mais non, tu comprends, avec Greg on a décidé… Mais non, je te dis, c’est pas possible ! Ecoute, je ne peux pas, là. Je te rappelle ! » Il ne m’a pas demandé pardon, il ne m’a même pas vue.

Quelques pas plus loin, je croise une jeune femme, le portable tenu à l’oreille, qui fait profiter tous les passants de sa conversation animée avec sa mère. « Maman, je t’ai déjà dit que je ne pouvais pas demain, Stéphanie a son cours de danse, Benoît va chez le dentiste, et j’ai un emploi du temps de fou pour les emmener, les ramener, comme tous les mercredis, quoi ! Ecoute, maman, je te rappelle ! »

J’arrive à la boutique. Feutrée, climatisée, ambiance cool. Je flâne devant les promotions de chassis entoilés et de boites de peintures assorties. Tout d’un coup près de moi, un grelot insistant. Une cliente bafouille un vague « excusez-moi » au vendeur qui la sert, et se lance dans un dialogue dont nous n’avons qu’une réplique sur deux, une passionnante histoire de barbecue raté chez Caroline ( ?) « Il faut que je te laisse, je suis chez « Carmin d’Alizarine ». Je te rappelle ».

4894ec6cb92a14aeac0694d6534cf2b0.jpg


Partout, cette peste sévit. A l’atelier, en début de séance, consigne est donnée : « coupez les portables ! » Mais à chaque fois au moins un des participants « oublie ». Et au milieu de la concentration artistique des peintres, la Lettre à Elise, le chant du coq (mais si !) ou Pink Martini (Je ne veux pas travailler !) retentit, incongru, et la confusion du coupable, le traditionnel « excusez-moi », la fuite précipitée dans le couloir, font lever une volée de protestations mi-agacées, mi-rieuses pendant que le directeur goguenarde « champagne ! » ou menace « la prochaine fois c’est le seau d’eau ! ».

Et au super-marché ? Dans tous les rayons je vois les chalands, leur bidule à l’oreille, qui discutent sur l’opportunité de prendre le camembert en promotion ou de préférer la marque habituelle…Pffff !!!!!

Je n’ai pas de portable. Je ne VEUX pas de portable.

N’est-ce pas cela, l’esclavage moderne ?

Mais franchement, je ne me vois pas peindre mon grand jeune homme, la jeune femme surbookée ou la copine de Caroline.
Je crois que je vais laisser tomber.