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21/08/2007

Vide-grenier et vide-atelier d’artiste.

Dimanche je suis allée participer au vide-grenier organisé par une association d’artistes à laquelle j’appartiens. Conjointement à ce vide-grenier banal, une rue était consacrée aux artistes qui pouvaient vendre leurs fonds d’ateliers.

Comme je ne suis pas très commerçante et pas très courageuse, je n’avais nulle envie de déménager mon atelier jusque sur un trottoir de village, car alors il aurait fallu arriver très tôt pour avoir un bon emplacement, et surtout la possiblité d’approcher la voiture. En effet, à huit heures la circulation devient interdite dans les rues concernées.
Et moi, à huit heures, je dors encore à poings fermés…

Alors j’avais préparé deux petits cartons à dessins. L’un contenait des croquis à l’encre de Chine genre :

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Ou à la sépia comme ça :

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L’autre abritait des encres aquarellées diverses : scènes d’atelier, scènes de village, ou scènes d’Afrique.

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Je suis arrivée tranquillou à neuf heures et demie, mes papiers sous le bras, et un petit pliant pour pouvoir m’asseoir…on aime son confort, tout de même !

Je cherchais des yeux quelque copine pour m’installer près d’elle, et j’en ai trouvé deux, des courageuses arrivées de bonne heure avec leurs voitures chargées de toutes sortes de leurs productions : statues, tableaux, cartons débordants d’aquarelles, de sanguines, de fusains… Elles m’ont accueillie joyeusement et m’ont fait une petite place auprès d’elles. J’ai étalé à même le sol mes cartons ouverts sur mes petits papiers. La belle Malou, super organisée m’a offert un café bien chaud de sa thermos, avec un petit sucre, j’étais gâtée aux petits oignons.
Le public défilait dans la rue qui finissait en impasse, ce qui fait qu’ils passaient deux fois devant notre étalage. Certains n’allaient pas si loin : ils jetaient un coup d’œil de loin et disaient : « Là ce n’est pas la peine d’y aller, il n’y a rien ! ». Sympa…

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Quand même, certains s’intéressaient, se penchaient, feuilletaient, posaient même des questions. Parfois ils voulaient, évidemment, ce que je n’avais pas : « Vous n’avez pas de dessins de nus d’hommes ? » Ben non, je n’en avais pas. Les modèles hommes sont rares, j’ai peu de dessins de ce type, et puis je n’avais pas pensé à en prendre…
Une dame était tombée en arrêt devant un de mes croquis, mais hésitait car sa fille lui tirait le T-shirt « Non maman, n’achète pas ça, elle n’est pas habillée, la dame ! ». Elle a reposé le dessin, visiblement déçue, mais n’osant sans doute pas contrarier la gamine…Et hop ! le dessin a été récupéré par une femme que je connais et avec qui je bavardais, et qui s’est empressée de le saisir et l’a acquis et emporté avec un plaisir…qui m’a fait grand plaisir…

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Finalement la matinée est vite passée à discuter avec les voisins et voisines de trottoir. On a mangé sur place et j’ai dépensé presque tout le billet gagné avec mon dessin pour payer le chich kebab, excellent d’ailleurs, dont je me suis gavée (c’est une nourriture roborative à laquelle je ne suis pas habituée, mais c’était bon !).
Au début de l’après-midi, le temps très agréable jusque-là a commencé à fraîchir et à se couvrir dangereusement. Les filles m’ont gardé mes dessins pendant que j’allais faire un tour dans les rues pour voir si je ne trouverais pas quelques trucs à chiner.

C’est fou ce que les gens ont comme cochonneries chez eux…
Etalés sur des couvertures, il y a bien sûr des vieux livres, des CD à l’état douteux, des vêtements usagés très défraîchis, mais aussi des myriades de petits objets très moches, des chromos, des pichets miniature, des collections de porte-clés, des porte-photos kitsch, des vases ébréchés, des vieilles cafetières…
Je regardais si quelque vendeur n’avait pas des restes d’un vieux stock soldé et re-soldé de maquillages bon marché qui enrichiraient ma collection ( je peins parfois avec des cosmétiques, leurs couleurs me fascinent…), mais finalement ils avaient tous le même genre de vieilleries incroyables sorties du fin fond des greniers des années cinquante…

Ça en devenait effrayant, cauchemardesque, délirant. Tout au long des rues du villages s’étalaient les mêmes couvertures douteuses recouvertes des mêmes objets disposés en rangs d’oignons, les vieux couverts dépareillés, les cartons remplis de livres dépenaillés, les tas de vêtements grisâtres, les lainages feutrés, les coussins aux couleurs improbables, les petits meubles boiteux, les fers forgés un peu rouillés, les tiroirs remplis de pin’s ou de mini-jouets, les montagnes de peluches pisseuses…
Et je pensais que les super-marchés regorgent d’objets neufs et pimpants made in China qui n’ont pas d’attraits pour les amateurs de ces étalages foisonnants des vide-grenier.

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Et je distinguais les vrais écumeurs de vide-greniers, l’œil expert, qui traînaient encore parmi les emplacements, à la recherche de la dernière bonne affaire oubliée par les lève-tôt, ceux qui étaient déjà partis avec leur butin avant même que je n’arrive… Ils ont une dégaine spéciale. Les hommes moustachus, la bedaine ceinturée, les mains potelées et fouineuses soulevant les objets et les reposant d’un air indifférent. Les femmes en jupe de skaï serrée ou en pantalon moulant, le petit top boudiné, le mollet musclé, la joue molle, l’œil petit et vif, le regard acéré…

Je ne me sentais pas du tout à ma place dans ce ballet infernal, exactement comme je ne me sentais pas à ma place à venir vendre ( vendre ? ne pas vendre, plutôt !) mes dessins - un peu de moi-même - sur ce marché de vieilleries, d’objets de rebut dont pas un chiffonnier d’Emmaüs ne voudrait…

J’avais froid ( en août !).
Je suis retournée près de mes copines, j’ai rangé mes trésors dans mes cartons, j’ai fait la bise à la ronde et je suis partie.

J’avais regagné ma voiture et je filais vers ma maison quand la pluie s’est mise à tomber… Le lendemain, une de mes copines de « vide-atelier » m’a décrit le sauve-qui-peut général sous l’averse après mon départ, me disant que j’étais partie au bon moment…

L’année prochaine, si j’y retourne, je n’emporterai surtout pas de dessins ou de peintures qui concernent mon affectif, mais que du matériel dont je ne me sers plus, des vieux pinceaux, des tubes de gouache, des crayons inutiles… et des vieilleries à dégager : petites aquarelles merdiques de mes débuts, statues loupées à brader.
Je me ferai plein de sous !!!