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18/01/2007

Ma statue (suite)

Si vous ne l’avez pas lue, lisez d’abord ma note précédente, dont ceci est la suite.

http://amande-douce.blogspirit.com/archive/2007/01/14/ma-...

Lorsque la terre a été bien sèche, j’ai procédé à la cuisson de ces morceaux, à des températures allant de 880° à 960°, afin que la terre ait des nuances différentes ( plus elle cuit à haute température, plus la terre rouge est rouge ), et que la terre noire soit bien brune, et non de ce marron opaque qui ne me plaît pas.

Et puis je me suis retrouvée avec une petite vingtaine de morceaux de terre cuite à assembler. Et je vous assure que cela n’a pas été une mince affaire. Les terres ne « bougent » pas toutes de la même façon à la cuisson. Elles se rétractent plus ou moins, les courbes se redressent un peu… ou un peu plus…

J’ai commencé par le bas, évidemment, collant les morceaux les uns aux autres au mieux possible. Et au fur et à mesure que je montais, les déformations rendaient la tâche de plus en plus ardue…il fallait poncer, tricher, placer de petites cales pour remonter un tesson. medium_AnBusteDeliresFaceDetail2.2.jpg

Il fallait ne pas oublier de placer au fur et à mesure les laçages de cuir ou de cuivre, leur donner soit un aspect de sutures soigneuses de cicatrices, soit une allure de laçage de corset…

J’ai transpiré, je vous assure.
Par moments excédée par la difficulté, pour éviter de m’énerver j’arrêtais le montage et le reprenais calmement le lendemain. Jamais je ne me suis découragée. C’était un projet difficile, mais je savais où je voulais arriver, et j’y arriverais ! C’était un défi, un pari avec moi-même.

Et la statue a été montée. J’étais la plus heureuse des artistes.

medium_AnBusteDeliresDosl.2.jpg


Lorsque j’ai exposé ma statue la première fois, c’était dans une expo intitulée « Délires et fantaisie ». Elle y avait bien sa place et je lui ai adjoint ce petit texte :

Femme-délires
Femme corsetée, lacée
Femme puzzle
Femme marquée, percée, excisée, enchaînée
Femme en dentelles, en porte-jarretelles
Femme noire, Femme blanche, Femme rose, Femme brune
Femme couture
Femme stigmates, Femme stigmatisée.


medium_AnBusteDeliresFace2.jpg



Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a suscité des réactions.
Certaines personnes étaient rebutées ou carrément choquées par l’aspect torturé donné par les laçages, elle n’aimaient pas du tout. Certaines ne pouvaient même pas la regarder…
D’autres aimaient énormément, et la façon qu’elles avaient de m’en parler me montrait que mes intentions étaient comprises, et qu’une vraie communication passait entre eux et moi à travers ma statue. Quoi de mieux pour une artiste ?

Mais dès ma statue finie,il m’est venu le désir de reprendre l’expérience, de renouveler ce processus long et périlleux, comme une grossesse difficile, et de donner naissance à une seconde statue du même sel.
La première a mis 4 ans à mûrir dans mon esprit et à venir au jour. La seconde est en gestation. Elle naîtra, j’en suis sûre…

14/01/2007

Ma statue

Je n’ai plus fait de modelage depuis 2004.
Je vous en ai parlé déjà ici :
http://amande-douce.blogspirit.com/archive/2006/04/22/scu...

C’est un art qui exige du temps et un investissement physique supérieur à celui que demande la peinture. Et physiquement je ne me sens pas assez robuste depuis ces deux dernières années.
Parce que cela ne m’intéresse plus de modeler de petites statuettes de nu comme il s’en crée pas centaines dans les ateliers de « poterie » . J’ai abandonné cette orientation définitivement, au moins je le pense.
En 2000, j’avais modelé un buste de environ 50 cm de haut, et j’y avais pris beaucoup de plaisir. J’avais fait de ce buste un moulage en poudre de marbre, très lisse et classique, et gardé le moule de plâtre.

medium_BUSTE.JPG


Ce moule me donnait la possibilité de faire d’autres tirages, mais à quoi bon décliner des clones de ma statue ?

Une idée me trottait dans la tête. Créer une autre pièce qui rendrait compte de la femme qui a vécu. Celle qui n’est plus toute neuve, mais blessée par la vie, et à chaque fois replâtrée, rafistolée par le temps qui adoucit les peines et cicatrise les plaies. Une femme couturée de cicatrices mais toujours belle et femme, et affrontant courageusement les agressions à venir.
Petit à petit le projet mûrissait. Reprendre mon thème de la femme-puzzle développé à plat par mes mosaïques de céramique, mais en volume.

medium_ANLe_chale_bleu2.jpg


Et puisque le moule était utilisable, il me servirait de support pour concrétiser cet assemblage.
Et je me suis lancée.
Par estampage, j’ai « foncé » ce moule ( on utilise ce terme en pâtisserie…) de morceaux de terre de différentes couleurs : terre rouge, terre rose, terre noire, terre blanche. Et ceci en prenant soin que les morceaux n’adhèrent pas les uns aux autres.
Je les ai décollés du moule au bout de quelques jours, alors que la terre était encore humide, mais déjà ferme, afin d’éviter les déformations.medium_AnBusteDeliresFaceDetail.2.jpg

Et j’ai travaillé sur ces morceaux : des impressions de dentelles, des applications d’engobes colorées en bleu turquoise, pour donner à la terre un côté féminin, évoquer les lingeries, accentuer l’érotisme. Des lignes de trous qui permettraient des laçages reliant deux tessons entre eux.
Lorsqu’ils ont été secs, j’ai poncé les parties douces, les seins, le ventre…L’estampage avait parfois été volontairement grossier afin de donner à certains morceaux un aspect rugueux, brut. Mon projet était de varier les surfaces, du plus poli au plus abrupt, mais pas de façon aléatoire, chaque morceau a été pensé.

A suivre